« […] Nonobstant ses appréhensions germanophobes — pareil problème que tout un milieu proprement allemand se posait —, [Erich Klossowski] avait fait des études universitaires à Breslau (Wroclaw) où il obtint son doctorat en histoire de l’art sous la direction d’un savant remarquable en la matière, le professeur [Richard] Muther. Vers la même époque il se lia avec trois jeunes gens de sa génération, lesquels, devenus illustres, le soutinrent fidèlement dans sa carrière, jusqu’à leur propre disparition : Rilke à la veille de devenir le « secrétaire et commentateur » de Rodin ; Uhde, le futur découvreur du Douanier Rousseau, et Meier-Graefe, le promoteur des Impressionnistes français en Allemagne — amis qu’il retrouverait dans son entourage parisien.
Ambroise Vollard le collectionneur, dont il traduisit je ne sais quel ouvrage ; des peintres, tels Maurice Denis, Derain encore jeune ; mais [surtout] une fréquentation particulièrement intime avec Pierre Bonnard, dont notre mère était pratiquement l’élève, et enfin avec le peintre lausannois Auberjonois (l’inoubliable décorateur de L’histoire du soldat de Stravinski) et qui allait être un ami des plus dévoués comme des plus admiratifs de notre père, encore au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Quant à l’œuvre picturale d’Erich Kl[ossowski], je ne saurais décrire ici dans quel sens y prédomine l’influence de ces maîtres de l’école romantique quant à la tonalité de ses propres compositions dans lesquelles transparaissent parfois des réminiscences nostalgiques de Poussin.
Malgré un entourage intime d’artistes et d’amateurs aussi fervents à le soutenir, Erich Kl[ossowski] souffrit durant son activité picturale d’une insatisfaction constante, d’une autocritique à l’égard de son propre travail, affecté d’une modestie dont il n’arriva jamais à se départir. Seuls l’un ou l’autre de ses amis se chargeaient de le secouer pour le remettre d’aplomb.
Par-delà deux conflits mondiaux et deux après-guerres, son œuvre picturale a été dispersée à tout vent. Mais une importante série se trouve en Suisse chez les héritiers du Professeur Jean Strohl, célèbre zoologue de la faculté des sciences de Zürich, autre dévoué ami et amateur de Kl.
André Gide, apprenant sa mort en fin Janvier [1949] m’écrivait : « Mon cher Pierre, le souvenir que j’ai gardé de la personne même de ton père et des quelques tableaux de lui qu’avait pu me montrer Jean Strohl, reste trop vif pour ne point me permettre à être fort affecté de ton deuil. »
PIERRE KLOSSOWSKI, d’après un brouillon de lettre, datant vraisemblablement de la fin des années 1980.
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